La page blanche est morte. J’ai retrouvé l’inspiration, par
un soir chaud comme ce soir.
Étendue sur mon tapis d’étirement, je sens que je suis à ma
place, dans ma vie. Il y a si longtemps que je n’ai pas senti ça. Le sentiment
que mes choix m’ont menée au bon endroit, que tout va pour le mieux, que j’ai
bien fait. La plénitude, c’est ça? (Aidée d’une petite dose d’endorphine, peut-être?)
Je m’en voulais d’avoir choisi atterri dans ce petit
village. Mais ce soir, je viens de le découvrir sous un nouvel angle, l’angle
transversal, au pas de course. Je me suis remise à courir, enfin, à trottiner…
Je ne cours pas très vite encore.
À la brunante, j’ai décidé d’enfiler mes nouvelles
espadrilles et de sortir. Vingt minutes et je reviens, je me suis dit. Au
début, je marchais. Une fois au pas de course, mes espadrilles volaient. J’ai
bien fait de choisir celles avec des ailes. Tiens donc, des vieux muscles qui
font signe de vie! Puis, le bonheur de courir m’a submergé. Mais surtout la
fierté, il faut le dire, d’enfin le faire. On passe trop de temps à se dire
qu’il faudrait se mettre en forme, écrasé devant un écran. Hein?
Il faut dire que ce soir, les conditions étaient spéciales,
un tantinet post apocalyptique. Alors, le décor a vite fait oublier la tâche.
Courir et traverser le village en dix minutes, arriver au
bout de l’asphalte, regarder le champ puis la forêt au loin et se dire qu’il y
a peut-être bien un coyote qui me zyeute… Bah! Même pas peur! Le sauvage est
juste là. Un peu mouillé, c’est tout. Ça respire la liberté. Pour ajouter à
cette ambiance mentale, les portes métalliques des vieilles remorques de camions
qui trainent là claquent au vent. Une chance que je suis déjà passée ici de
jour, sinon, je … heu, ben non, même pas peur!
La vieille neige fondante (et même lacustre) à perte de vue émet
plus de lumière que le ciel. Ce ciel d’un bleu gris profond, foncé, où le vent
joue avec la lumière et les nuages avec une agilité certaine. Le décor est
changeant. La fougue du vent donne l’impression qu’il est fâché, mais la
douceur de sa chaleur annule tout. Le temps est clément même s’il n’y parait
pas. Et on repart, jusqu’à l’autre bout du village, traversant la civilisation
du vendredi soir dont certains sont accotés au volant de leurs pick-ups en face
de l’église comme à tous les soirs de party, ou d’autres blafards, espérant bronzer
devant leur télé. Pensent-ils qu’il fait froid dehors? Et bien non, le vent est
chaud! Il nous remplit de sa chaleur grisante depuis si longtemps gardée loin
d’ici! Le printemps renaît, c’est certain.
Revenue à l’autre bout du village, la noirceur s’est
installée. Les champs enneigés, comme éclairés d’en dessous, reprennent le
champ visuel. Surprise! Le chant du pluvier kildir se fait entendre! Bienvenue
dans le nord, oiseau des plaines estivales. J’ai envie d’arrêter de courir, je
vais trop vite pour apprécier le moment! Je tourne le coin avant de continuer
et de m’enfoncer dans la forêt et les kildirs se chantent la pomme d’un bord à
l’autre de la route. Le vent chaud fouette ma tête maintenant nue, ouste la
tuque! Je contemple le contraste de la lumière orange du lampadaire en premier
plan avec la lumière bleue des champs éloignés aux maisonnettes éclairées.
Finalement, il est joli mon village.
Je sortirai plus souvent courir de soir.
Voici mon premier post. Dans un monde de blogueuses souvent
citadines, j’espère apporter une touche de vie de campagne, ou comme on dit
pour les impôts, de région ressource éloignée. Quels poètes, ces
fonctionnaires!
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